Parodie contemporaine de l’Odyssée (rencontre avec les âmes des enfers)

Reprenant quelques lignes des Exercices de style de Raymond Queneau, les élèves de 1e L3 se sont lancés dans la réécriture parodique d’un épisode de l’Odyssée. Voici le texte rédigé par Mona Toupotte, qui imagine à sa façon, l’épisode où Ulysse rend visite aux âmes des enfers.

À l’heure où commencent à se gercer les doigts roses de l’aurore, je montai tel un dard rapide dans un autobus à la puissante stature et aux yeux de vache de la ligne S au trajet sinueux…

Quand au Zénith le soleil fut élevé, une écrasante chaleur m’étouffait et seule une petite gourde d’eau me restait. C’est alors que dans un soubresaut las, le bus s’arrêta. Une déferlante de vieilles âmes presque toutes déjà parties dans un monde de fantômes s’abattit sur ma fière embarcation. Un silence de mort s’installa tandis que la coque métallique du bus s’ébranlait de par la vitesse qu’il prenait. L’espoir d’atteindre mon Ithaque fut balayé par une main divine dont le possesseur m’échappait. Je ravalai mon désarroi et fermais les yeux. L’heure n’était pas aux plaintes. Je titubai de mon mieux jusqu’au chauffeur mais tel Charron, l’homme resta de marbre. Désemparé, je me retournai et vis alors la foule spectrale qui me fixait et qui depuis son arrivée n’avait dit mot. Une goutte de sueur me coula sur le front et je décidai alors d’avaler le peu d’eau qu’il me restait. Mais tandis que je dévissai ma gourde, toutes les paires d’yeux présentes scrutèrent ma précieuse boisson. Une soudaine agitation secoua le bus. Des chuchotements apparurent laissant bientôt place à un terrible tintamarre. J’eus une étincelle et je devinai où ce voyage imprévu me mènerait. Il me fallait donc ruser. J’escaladai le premier siège à ma portée et déclamai : « Femmes et hommes d’ici-bas, écoutez la détresse d’un pauvre homme qui chez lui était roi ! J’offrirai à celui qui possède la clé de mon mystère le reste de cette boisson. Mais prenez garde, menteurs et trompeurs, car ce breuvage a été préparé par les soins d’une puissante nymphe. Qui osera calomnier se trouvera bien ennuyé. Voici maintenant ma requête : Qui ici est en mesure de m’affirmer la destination de cette curieuse embarcation? » Le silence revint, plus pesant que jamais. Fébrilement, les bras se tendirent et les doigts se dressèrent vers un vieil aveugle assoupi. Je franchis les rangées de sièges. Je perçus d’abord un murmure discret et confus. Peu à peu je compris que c’était le vieillard qui marmonnait. Ce dernier, à mon approche, inclina la tête et ouvrit la bouche. Je laissai alors glisser l’eau précieuse et l’homme se mit à parler. « Tu désires un doux retour, illustre Ulysse? Mais sache qu’un puissant en a contre toi. Sous son nez, tu l’as agacé et voilà maintenant son âme pleine de rancune. Il t’en coûtera, Ulysse, si tu ne te maitrises. Quand le bus jettera l’ancre, tu verras paître vaches et moutons. N’y touche pas ou le Soleil te brûlera. Si cette étape ne t’est pas fatale, si tu réussis à échapper aux obstacles qui se dresseront sur ta route, tu rentreras chez toi. Mais là-bas, une ultime épreuve t’attendra. Voisins envieux et voleurs seront à ta porte. Alors pour la énième fois, laisse l’étincelle de la ruse te guider. Quand de vengeance tu te seras abreuvé, que ta famille tu auras retrouvée, laisse tes pas te guider jusqu’à celui qui sur ton épaule croira voir une ancienne pelle à vanner. Ici, tes tourments cesseront si du puissant tu sais te faire pardonner. Voici ce que j’avais à dire, Ulysse. Te voilà maître de ta destinée. »

Sur ces mots, le silence revint.

« Allons vieil homme, parle sans détours. Comment affronter tout cela en réalité ? Je vois que comme moi, de la parole tu es doué. Ne sème pas d’énigme! Comment puis-je  rentrer? »

Mais le vieil homme ne semblait plus me voir. Il marmonnait de nouveau dans sa barbe. Je me retournai et vis que la foule avait disparu… Avais-je raté un arrêt ? Des larmes me vinrent et roulèrent sur mes joues. Je finis par m’assoir sur une banquette moins défoncée que les autres et m’assoupis. Quand je refis surface, le vieil aveugle s’était lui aussi évanoui. Le bus s’était arrêté et devant moi se déroulait un pré. C’est alors qu’une farandole de grillades, moutons et bœufs aux parfums exquis, vint me chatouiller les narines. Mon corps me rappela que cela faisait longtemps que je n’avais rien avalé…

ULYSSE-AUX-ENFERS-POUR-RENCONTRER-TIRESIAS

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