Et si on prenait un peu de distance…

Il y a de multiples raisons, connues et inconnues, qui font que l’on décide de partir. Je ne sais pas s’il est important de les connaître.
Partir, c’est avancer. C’est oublier le passé quelques temps pour vivre au présent. Par choix mais surtout par obligation. A l’étranger, il n’y a plus aucun repère et le temps devient soluble. On avance sans rien prévoir. Il y a trop d’inconnu pour cela. Alors il ne reste plus qu’à s’ouvrir et recevoir toutes les choses qui nous sont offertes : la langue, la culture, les gens. Se laisser porter. Être à l’étranger, c’est aussi apprendre l’humilité, accepter de ne pas tout comprendre tout le temps et parfois admettre tout simplement qu’on ne sait pas. Quand les mots se mélangent, perdent tout leur sens à nos yeux, qu’on rentre comme un petit escargot dans sa coquille et qu’on observe les gens qui parlent, on a l’impression qu’on y arrivera jamais. Que le fait d’apprendre une langue est un objectif impossible à atteindre. Puis petit à petit on perçoit les choses différemment. Les langues sont souples, aériennes, volatiles et pour les apprendre il ne faut pas toujours focaliser dessus. Il faut les ressentir, les vivre et prendre son temps. Partir à l’étranger, c’est grandir mais pas dans le mauvais sens du terme.

Avant que je ne commence mon récit, chers lecteurs, il faut que vous sachiez toute l’importance qu’a pour moi le théâtre. Il me guide et m’aide à avancer dans le brouillard. Or, si j’ai décidé d’aller en Allemagne, c’est pour répondre à une question qui m’a suivie toute mon année de terminale : Quand je vois une pièce de Brecht en français, est-ce que je vois vraiment la pièce de Brecht ?  Qu’en est il pour Shakespeare ? Et pour Tchekhov ? Quelle limite a la langue face au sens ? Est-ce que les mouvements du corps au théâtre suivent la mélodie du texte ?  Je pensais sincèrement que je pourrais répondre à ces questions en passant quelques mois en Allemagne. J’ai été un peu trop idéaliste sur ce point… Vous l’aurez sans doute deviné, je n’ai toujours pas ma réponse et je ne l’aurai peut-être jamais mais qu’importe ? Ce sont plein d’autres choses que j’ai découvertes ici, en venant à Dresde. Des choses auxquelles je ne m’attendais pas et c’est aussi ça qui est beau dans un séjour loin de chez soi. Quant à ma question, elle attendra que je parvienne à ressentir la langue, à mettre des émotions sur des mots qui ne sont à première vue qu’un amas de lettres indifférent. Je sens que ça commence à venir grâce aux souvenirs que j’accumule ici dans ce pays.

Mais en quoi consiste le volontariat franco-allemand, au juste ? Car en effet, je suis actuellement en Allemagne pour effectuer mon service civique. Je suis volontaire dans un lycée général et professionnel à Dresde. J’accompagne quatre profs de français dans leurs cours. C’est très intéressant de voir l’envers du décor, les différentes manières d’enseigner, et de communiquer avec les élèves. Dans l’ensemble, mon rôle est plutôt confortable car je suis entre l’élève et le professeur. Je n’ai pas la responsabilité de mettre des notes mais je peux lire et corriger leurs textes. Je reçois alors toutes les belles choses que mes élèves ont à partager sans devoir les évaluer pour ce qu’ils disent. Quand je prépare des activités, j’ai souvent 8 élèves avec moi et je suis libre de tester des choses avec eux, de voir ce qui marche et ce qui ne marche pas. De faire mes propres expériences. Parfois, on ne sait pas pourquoi, tout fonctionne et les élèves sont motivés. D’autres fois, ils ne réagissent pas et c’est assez difficile à accepter. Alors il faut se remettre en question et avancer différemment. Bien sûr, il ne faut pas baisser les bras mais continuer quand même et essayer autre chose. Ce qui me plaît aussi c’est que mon rapport avec les élèves est très individuel. Je donne des cours de préparation pour le bac aux élèves volontaires et nous pouvons échanger librement. Nous n’avons aucune barrière et j’essaye de répondre à leurs attentes. Il est important malgré tout de souligner que tout n’est pas toujours simple et en particulier le fait de s’adresser en allemand à une classe toute entière qui en plus de cela, a le même âge que moi.

En dehors du lycée, j’ai beaucoup de temps pour découvrir la ville, aller au théâtre, faire des choses qui me plaisent. De manière générale, les jeunes Allemands finissent les cours entre 14h et 16h. Je vous laisse imaginer que mon emploi du temps est plutôt tranquille. C’est à la fois rassurant et angoissant. Rassurant car j’ai le temps, chose que je n’ai jamais vraiment eue. Angoissant car c’est très déstabilisant de se trouver face à une montagne d’heures vides à occuper.
Heureusement, la ville où je suis offre plein de possibilités. Il y a beaucoup de théâtres et j’ai trouvé un club avec lequel nous préparons une pièce sur « la démocratie ». Au début, je trouvais le thème un peu superficiel, un thème pour se donner bonne conscience mais au fur et à mesure je me suis prise au jeu. Par ailleurs, tout près de chez moi, il y a la « sächsische schweiz » (Suisse Saxonne). C’est un très grand parc naturel protégé qui abrite des paysages magnifiques. J’y vais de temps en temps pour faire des randonnées, prendre l’air, me ressourcer. La ville de Dresde est traversée par l’Elbe, un beau fleuve qui remplace pour moi tant bien que mal la mer de Cherbourg. Si vous avez l’occasion de voyager en Allemagne, je vous conseille de vous arrêter dans cette ville qui est intéressante d’un point de vue historique, géographique (à 2h de Prague, de Berlin et de Wroclaw en Pologne) et culturel. Le « Semperoper » de Dresde est un opéra assez important où j’ai pu assister à différentes pièces comme par exemple la célèbre Flûte enchantée de Mozart.

L’année de volontariat est ponctuée par quatre séminaires d’une semaine (deux en France, deux en Allemagne). L’objectif est de découvrir des régions que nous n’aurions pas forcément eu l’occasion de visiter. Je suis donc allée à Grainau en Bavière, à Grenoble, à Hambourg et le dernier aura lieu près de Montélimar dans un écovillage. A chaque séminaire se retrouvent les mêmes personnes. Mon groupe est composé de dix-huit jeunes (neuf allemands, neuf français) et de quatre formateurs. Le but est d’avoir un suivi dans notre volontariat. On fait beaucoup d’activités sur des thèmes très variés qui portent à réflexion (activités interculturelles, partages d’expérience, exercices tandems, expression artistique, jeux de coopération,…). Nous apprenons différentes manières de mener une activité et nous proposons nous-même des projets. Par exemple, nous avons vu une comédie musicale afin de réfléchir ensemble sur la question du sexisme. La dimension franco-allemande du groupe ajoute parfois de l’intérêt aux échanges. Les groupes de séminaire sont faits en fonction du lieu de mission des participants. Lors du premier séminaire, avant d’arriver dans notre ville d’accueil, on rencontre les autres volontaires qui seront au même endroit que nous. C’est très rassurant et les liens qui se créent avec ces personnes peuvent être très forts. Être seule à l’étranger ce n’est pas toujours simple et c’est bien de pouvoir se retrouver avec d’autres personnes qui vivent la même chose. Nous sommes trois à Dresde et je vois très souvent les deux autres volontaires pour échanger sur notre travail mais aussi faire des activités ensemble. Et puis il ne faut pas oublier que parfois on ressent le besoin de parler un peu français !

Voilà. Je pense que je vous ai déjà dit beaucoup de choses sur le volontariat franco-allemand. Si certains d’entre vous se sentent prêt à partir à l’étranger, je vous conseille de le faire. C’est une expérience intéressante, qu’elle soit positive ou négative. Tout est possible et chacun le vit différemment. Peut-être que cela n’apporte aucun diplôme mais ce sont plein d’autres choses que vous découvrirez. Des choses auxquelles vous ne vous attendez pas. Aller ailleurs, c’est aussi apprendre à se connaître soi-même.

 

Je souhaite bon courage à tous ceux qui passent le bac cette année. Vous verrez qu’après, on se sent beaucoup plus libre et je sais de quoi je parle 🙂

 

Yolène F.D.

254667-dresden-frauenkirche

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

Créez un site ou un blog sur WordPress.com

Retour en haut ↑

%d blogueurs aiment cette page :