Candice au pays des Merveilles – chap 6

Chapitre 6. Ce qu’il advint de Candice parce qu’elle ne portait pas le voile en Arabie Saoudite

Candice avait décidé de ne s’arrêter dans Riyad, capitale de l’Arabie Saoudite, qu’autant de temps qu’il lui fallait pour ses achats de noël dans les boutiques les plus luxueuses du monde. Elle en sortit quelques heures plus tard, une bonne dizaine de sacs à la main, sourire au lèvres et portant une robe décolletée rose flashy et vert kaki, modèle original porté quelques années plus tôt par Sonia, la participante préférée de Candice, à l’édition 2013 de l’émission de télé-réalité « les Ch’tis à Brasilia ». Le vendeur lui avait assuré que cette robe avait eu un succès tel, qu’elle coûtait aujourd’hui plus cher que les bénéfices de la célèbre marque I-Fon en un mois.

C’est donc ainsi habillée, que Candice fredonnait tranquillement la nouvelle chanson de Justin Bieber en direction de la poste d’où elle enverrait tous ses colis en France pour les fêtes de noël. C’est alors que deux muttawa, police religieuse de l’Arabie Saoudite, l’interpellèrent :

-سيدتي، كنت تحت الاعتقال لعدم ارتداء الحجاب! , s’écria l’un d’eux.

Candice ne parlant ni l’arabe, ni l’anglais, dégaina alors Paulo, son téléphone, nouveau petit bijou technologique que son père lui avait offert quelques jours avant son départ, le fameux I-Fon XIX, accessoires tous compris : téléportation ( cette fonction n’était pas encore très au point et de nombreuses personnes n’avaient d’ailleurs jamais été retrouvées. Aussi, par prudence, Candice se contentait de prendre l’avion), confident flatteur jamais lassé de l’égocentrisme de son propriétaire, Ou encore le traducteur parlant instantané, qui traduisit, donc, de suite, la parole du muttawa et lui dit :

« VOUS Ê-TES EN É-TAT D’A-RRES-TA-TION. LE PORT DU VOI-LE EST O-BLI-GA-TOI-RE, ES-PE-CE DE BIP-BIP-BIP » (L’appareil, programmé sur l’option « polie », ne traduisait pas les gros mots.)

Candice ne comprenant ce qui lui arrivait suivit les deux policiers, emmenée de force, menottes aux mains.

A son arrivée au commissariat, Candice fut jetée dans une pièce très cosy et fraîche. Excitée de se retrouver dans un lieu s’apparentant par sa taille aux toilettes de la villa des Ch’tis, odeur incluse, elle fut néanmoins effrayée de devoir partager cet espace avec quatre femmes. Elle s’adressa alors à son meilleur allié, Paulo:

«  Que se passe-t-il Paulo ? Ai-je été sélectionnée pour participer à la prochaine édition des Ch’tis ?

– NON – MADE-MOI-SE-LLE , VOUS Ê-TES EN CE-LLU-LE CAR VOUS N’A-VEZ PAS PO-R-TÉ LE VOI-LE DANS CE PA-YS QUI O-BLI-GE LES FE-MM-ES A LE PO-R-TE-R .

-Mais il faisait plus de 35°C. Je n’aurais pas pu respirer. Et à quoi ça sert que je m’échine à faire un brushing avec cette chose hideuse sur la tête ?! »

De nombreux cris attirèrent alors l’attention de Candice. Elle se releva et s’accrocha aux barreaux d’une petite fenêtre, la seule, d’où provenaient les cris et qui faisait entrer la lumière un peu trop tamisée. Elle entraperçut alors une télévision qui diffusait en direct un congrès se passant en Arabie-Saoudite. Ce n’était pas son péché-mignon, son émission préférée, mais c’était déjà mieux que rien. Et elle s’en contenta.

Un animateur enturbanné rappelait pourquoi il fallait haïr la femme chaque jour, la battre, la maintenir enfermée, la mépriser, la priver de tout. Choquée, elle redescendit de son perchoir afin de s’adresser aux femmes présente dans sa cellule. Ces dernières portaient toutes le voile. Elle s’adressa à elles via Paulo :

« Pourquoi portez-vous ce satané voile ? demanda Candice.

-Nous sommes obligées de le porter sous peine d’être arrêtées comme aujourd’hui, traduisit Paulo au nom des femmes.

– Mais comment êtes-vous arrivées ici ? s’écria alors Candice.

-Une petite mèche de cheveux dépassait de mon Habaya et cela n’a pas plu à un muttawa au centre commercial. Cela fait 3 jours que j’attends que mon mari vienne me chercher, témoigna l’une d’elle. Il n’a pas l’air pressé de me récupérer…

– En Arabie saoudite, ce n’est pas comme chez vous, dévergondées d’Européennes. Nous, en tant que femme, nous avons appris à nous soumettre et nous sommes dépendantes d’un homme jusqu’à la mort. A la naissance nous obéissons à notre père puis à notre mari ou à nos frères.

– Et si nous avons la chance de survivre, à nos fils, précisa une autre. »

Sur ces paroles Candice réfléchit quelques instants et Paulo s’écria alors :

« WAOUH, BRA-VO CAN-DI-CE, TU RÉFLÉCHIS !!! »

Candice répliqua alors :

« J’ai une idée !! Paulo n’a qu’à nous téléporter afin de sortir de cette cellule ! C’est risqué mais au point où on en est !

-PAS DE PRO-BLÉ-ME, OÙ EST-CE QUE JE VOUS EM-MEN-E ?

-Tu pourrais peut-être nous téléporter en centre ville afin de troquer ma robe glamour contre une tenue de chauve-souris.»

Aussitôt dit, aussitôt fait. Toutes les prisonnières se mirent alors en rond, se tenant la main, Paulo au centre. Quelques secondes plus tard un faisceau lumineux apparut et les femmes disparurent. Elles se trouvèrent alors à des lieues de là, se tenant toujours la main, dans des toilettes malodorantes. Candice ouvrit la porte et c’est alors qu’elles s’aperçurent qu’elles n’étaient pas dans le centre commercial mais au congrès qu’elle avait pu découvrir à la télévision.

« Oh my god ! Je vais pouvoir dire deux mots au barbu pour qu’il sache ce que j’en pense de son cirque !!  »

Notre Olympe de Gouges des temps moderne se précipita alors vers celui qui tenait le micro. Elle monta sur scène, arracha le micro des mains du barbu éberlué et s’adressa au public :

« Primo, que ce soit clair pour tout le monde : il est hors de question que je reste une seconde de plus avec ce fichu tissu immonde sur la tête. Je préfère renoncer à ma féminité et me tondre la tête comme mon ancêtre en 1945. » A ces mots, elle retira le voile de sa tête, laissant se déployer son ondoyante chevelure blonde, si provocatrice aux yeux de certains. Toute la salle se tut. « Comment pouvez-vous parler de la femme avec autant de mépris? La femme est au même titre que l’homme, un pilier de la famille et de la société. Pourquoi la déconsidérer comme vous le faites ? Est-ce que chez les animaux les mâles se comportent aussi mal envers leurs femelles ? Et pourtant, d’où vient que dans ce pays comme dans d’autres malheureusement, les femmes sont souvent victimes de leur sexe. Même en Occident où on se gargarise en promettant la parité, elles sont victimes de préjugés machistes : à elle de faire la cuisine, laver les carreaux, faire le ménage, garder les marmots tandis que papa fait carrière sans entrave, sans préoccupation subalterne… Mais ici, porter le voile par obligation d’État, c’est un comble ! Si seulement ce voile protégeait réellement les femmes des agressions, des mauvais traitements ! Mais non, c’est tout le contraire !… »

Sur ces paroles, Candice fut emmenée par le service de sécurité et ramenée à l’aéroport avec interdiction formelle de revenir sur le sol saoudien. Non mais  ! Si les femmes l’avaient comprises, elles auraient pu voir émerger en elle un semblant de contestation féministe ! Pas de ça ici ! Et quoi encore ?!

Marine Boullé et Mariana Soarès Pires

voile

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