Candice au pays des Merveilles – chap 4

Chapitre 4. Comment Candice partit au Maroc et s’écrasa dans le désert du Burkina Faso

 

      Elle rejoignit l’aéroport de New York dans l’espoir de visiter le pays des Mille et une nuit, le Maroc, pays de ses rêves orientaux.

    Mais, au bout de plusieurs heures de vol, l’avion trembla. Dehors, le ciel était gris et on voyait des éclairs passer juste devant les hublots. L’avion finit par s’écraser dans le désert du Burkina Faso.

Candice sortit de la carcasse de l’avion, les cheveux ébouriffés, un peu secouée. Elle commença à se lamenter : deux de ses ongles étaient cassés. Bon sang ! Sa manucure était à refaire !

Elle vit alors un groupe d’autochtones, des femmes et de jeunes enfants, se dirigeant vers la carcasse. Elle crut d’abord qu’ils venaient porter de l’aide aux survivants, – en l’occurrence, il n’y avait qu’elle – , mais ils passèrent devant elle, comme sans la voir. Ils venaient seulement récupérer tout ce qui pouvait leur servir, comme une manne inespérée de matières premières, un don venu du ciel.

Pourtant, une femme d’une quarantaine d’année et vêtue d’une robe à motifs africains de couleurs jaune et rouge semblait garder un peu d’humanité et d’altruisme malgré son profond dénuement ; elle s’intéressa à Candice et lui proposa de venir chez elle se reposer.

Cette belle Africaine se nommait Ama. Dans sa case, Candice aperçut deux petits corps chétifs endormis sur des paillasses. Ama lui désigna la paillasse qui restait et lui offrit pour la nuit ; elle-même dormirait avec ses enfants. Elle lui proposa un bol contenant une sorte de bouillie de mil rudimentaire, Candice avait le palais si délicat qu’elle prétendit ne pas avoir faim. Un jeûne prolongé la ferait sans doute changer d’avis.

Candice discuta avec Ama une bonne partie de la soirée et apprit que Farah et Douma, ses enfants de douze et quatorze ans, travaillaient à la mine depuis six ans. Comme la Burkinabée avait appris que Candice était journaliste, elle s’exclama aussitôt : « Tu es journaliste !? Il faut absolument que tu écrives un article sur le travail des enfants dans les mines d’or du Burkina Faso ! Il faut que l’Europe sache les conditions de travail et les salaires de misère auxquels nous sommes soumis. Moi-même, ce n’est pas de gaîté de cœur que j’envoie mes enfants travailler à la mine, comment pourrais-je faire depuis que mon mari est mort avec le salaire dérisoire qu’on me donne à moi ? On attend un miracle, le filon d’or qui nous fera la vie belle et qui n’arrive jamais. Chaque jour, mes petits risquent leur vie, risquent des agressions, tombent malades, ont de plus en plus de mal à respirer…

– Je veux bien mais d’habitude, je n’écris pas ce genre d’articles donc il faudra que tu m’aides.

– Compte sur moi ! »

Dès le lever du soleil, après une nuit où elle comprit l’inconfort de la princesse au petit pois, Candice accompagna son hôtesse et ses enfants jusqu’à la mine. Elle fut aussitôt sidérée par les misérables conditions de travail : les enfants étaient tous très jeunes, – beaucoup avaient à peine cinq ans – pleins de boue et chétifs. Leurs habits étaient tous en lambeaux. Certains avaient l’air malade, le teint grisâtre, les yeux hagards. Ils travaillaient dans une poussière continuelle qui les faisait tousser à chaque respiration et sous le soleil étouffant de cette mine à ciel ouvert ils ruisselaient de sueur et de sang. Parmi les petits mineurs, Douma et Farah étaient eux aussi couverts de poussière et quand ils posaient la pioche pour boire un peu d’eau à la calebasse, ils laissaient voir des cicatrices sur leurs mains calleuses. La plupart de ces enfants n’étaient jamais allés à l’ école et ils étaient ainsi condamnés à rester leur vie durant attachés à cette mine qui les vouait à une mort précoce. Elle fut choquée et attristée de leur situation, elle qui était si riche et qui possédait tant de bijoux ciselé dans le fameux métal précieux.

Elle prit quelques photos, prit quelques notes et espéra pouvoir changer un peu les choses en sensibilisant ses lecteurs à cette situation inhumaine. Le plus urgent en premier lieu était tout de même de quitter ce pays au plus vite… Elle commençait à avoir faim.

Lucie Piquet et Britanny Heleine

Enfants-mines

 

 

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