Banalité poétique

En français, la classe de 1e L/ES3 avait étudié le poème de Baudelaire « Les Fenêtres », poème en prose extrait du Spleen de Paris, où  l’auteur, grâce à des procédés d’écriture, théâtralise, poétise un objet banal et en cela, lui donne un certain attrait. Les élèves, à leur tour, se sont emparé d’un motif de leur choix et ont rédigé un poème à la manière de Baudelaire. Voici ci-dessous le texte de Baudelaire et quelques pastiches.

fenetre-bis

Les Fenêtres

Celui qui regarde du dehors à travers une fenêtre ouverte, ne voit jamais autant de choses que celui qui regarde une fenêtre fermée. Il n’est pas d’objet plus profond, plus mystérieux, plus fécond, plus ténébreux, plus éblouissant qu’une fenêtre éclairée d’une chandelle. Ce qu’on peut voir au soleil est toujours moins intéressant que ce qui se passe derrière une vitre. Dans ce trou noir ou lumineux vit la vie, rêve la vie, souffre la vie.

Par-delà des vagues de toits, j’aperçois une femme mûre, ridée déjà, pauvre, toujours penchée sur quelque chose, et qui ne sort jamais. Avec son visage, avec son vêtement, avec son geste, avec presque rien, j’ai refait l’histoire de cette femme, ou plutôt sa légende, et quelquefois je me la raconte à moi-même en pleurant.

Si c’eût été un pauvre vieux homme, j’aurais refait la sienne tout aussi aisément.

Et je me couche, fier d’avoir vécu et souffert dans d’autres que moi-même.

Peut-être me direz-vous : « Es-tu sûr que cette légende soit la vraie ? » Qu’importe ce que peut être la réalité placée hors de moi, si elle m’a aidé à vivre, à sentir que je suis et ce que je suis ?

                 Charles Baudelaire, Le Spleen de Paris ou Petits poèmes en prose, 1869.

 

   La montre

Je pense et je réfléchis, pendant que le temps file et défile au rythme des aiguilles qui trottent et tournent.

Je la regarde : sur son cadran, des secondes, des minutes et des heures.

Dans cette montre, le temps semble ne jamais pouvoir s’arrêter comme cette petite aiguille qui m’enlève par ses soubresauts des secondes de vie.

Elle fait se lever l’aube et se coucher le soleil.

Ma merveilleuse montre dont le cadran rend le temps prisonnier à mon poignet dicte mes gestes, mon quotidien et ma vie. Il est six heures, il est midi, il est minuit.

Je n’ai plus le temps, les aiguilles tournent de plus en plus vite, la vie s’affole, s’accélère, des images défilent sous mes yeux, puis elle s’arrête.

La vie s’achève ainsi. Un jour, le doux clic-clac de la montre ne fredonne plus son chant mélancolique, l’heure ne file plus, le temps s’est arrêté, mon cœur s’est arrêté, la montre est cassée.

Lou Castel-Marie et Leslie Laurent, élèves de 1eL/ES3

 

 Chapeau !

  Tentez, si le cœur vous en dit, l’expérience de vous assoir dans un endroit bondé et de vous projeter dans le tumulte des âmes de la foule. Un jour, alors que je m’adonnais à cette pratique, je repérais une femme remarquablement coiffée d’un chapeau de feutre. Je réalisai alors la prestance que lui procurait l’incroyable prolongation de l’âme qu’est le chapeau. Je me fis alors la réflexion (quiconque aurait assisté à cette scène aurait pensé de même) que si notre tête est une cage à idée, le chapeau, dans sa continuité, est le tremplin qui les laisse volontairement s’envoler. Si la cravate serre et noue les mots et les maux dans la poitrine, le chapeau les libère et les résout par sa délicate singularité. Et cette femme, cette magique créature, par le port altier de ce merveilleux chapeau, diffusait autour d’elle une aura lumineuse, saisissante, qui formait comme un voile, formidable matérialisation poétique! Son regard, souligné par la fine et élégante bordure du chapeau, devenait à la fois léger et profond. Il semblait scruter chaque recoin, chaque petit détail oublié du monde avec une acuité sans égal et les métamorphosait soudain en merveilleuse trouvaille. Un souffle frais soulevait alors les cheveux de cette incroyable fée chapeautée. Un rayon de soleil perçant à travers les nuages baisa sa joue gracile délicatement barrée par l’ombre délicate du tourbillon de feutre qui lui enveloppait le crâne. Alors il me sembla que du chapeau sortait une farandole de faisceaux colorés qui entouraient soudainement ma fée et la souleva, parmi les nuages, au-dessus de la foule qui disparaissait. Je ne distinguais plus son visage. Seul son chapeau résumait sa personne. Il m’irradiait sans pour autant m’éblouir. Je fermai alors les yeux pour savourer l’enivrante mélodie qui émanait de cet astre lumineux.   Une brusque bourrasque me fit rouvrir les yeux, ma fée avait disparu. A sa place, fébrile, une femme pâle à faire peur qui ne tarda pas à s’évanouir dans le paysage. Restait au sol le formidable chapeau. Je me précipitai pour le saisir et m’en couvrir la tête dans l’espoir qu’avec cette coiffe ensorcelée, à mon tour je deviendrais fée.

Mona Toupotte, 1e L3

 

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